Carreleur 03410 Prémilhat : Pourquoi les joints de carrelage ne sont pas étanches (et comment éviter le désastre)

Vous venez de poser une magnifique douche à l’italienne ou une superbe terrasse extérieure en grès cérame. Vous contemplez votre travail, ou celui de votre artisan, avec fierté. Pourtant, quelques semaines plus tard, une odeur d’humidité persistante apparaît, ou pire, de l’eau commence à suinter sous la faïence du voisin du dessous. Le drame. On entend souvent dire : « Mais les joints, c’est fait pour être étanche, non ? ». La réponse courte est non. Et c’est là que beaucoup de propriétaires, et même certains amateurs éclairés, se trompent lourdement. Dans cet article, nous allons plonger dans le cœur du problème. Je vais vous expliquer, en tant qu’expert du métier, pourquoi vos joints de carrelage ne sont pas une barrière contre l’eau, quelles sont les idées reçues à déconstruire, et surtout, comment garantir une étanchéité parfaite pour vos pièces humides.

L’illusion de l’étanchéité : mythes et réalités

Quand on parle de carrelage, on imagine instinctivement une surface lisse, dure et imperméable. C’est vrai pour le carreau lui-même. En revanche, les joints de carrelage, qu’ils soient en ciment, époxy ou polyuréthane, ne sont pas conçus pour être des cuirasses hermétiques.

1. La nature poreuse du ciment
Dans 80 % des chantiers résidentiels classiques, on utilise du mortier-joint à base de ciment. Ce matériau est intrinsèquement poreux. Même après séchage, il reste parsemé de micro-canaux. Imaginez une éponge : elle peut contenir de l’eau, mais elle ne l’arrête pas. Si l’eau stagne sur votre sol carrelé, elle finira inévitablement par traverser ces micro-fissures capillaires.

2. La dilatation et le mouvement
Votre maison bouge. Les supports (chape, plaques de plâtre) travaillent avec les variations de température et d’humidité. Un joint de carrelage rigide, classique, ne suit pas toujours ces mouvements. Avec le temps, une microfissure apparaît entre le carreau et le joint. C’est par cette fissure, aussi fine soit-elle, que l’eau va s’infiltrer.

3. La fonction réelle du carrelage
Il est crucial de comprendre une chose : dans le bâtiment, le carrelage et ses joints ne sont pas considérés comme une étanchéité. En termes techniques, on parle de « revêtement de sol » ou « paroi finition ». La véritable étanchéité se trouve toujours sous le carrelage. Oui, vous avez bien lu. Le rôle du carreleur n’est pas de faire un « seau » avec les joints, mais de poser un parement esthétique et résistant sur une structure déjà rendue étanche.

Les dangers d’une mauvaise compréhension

Je reçois souvent des messages de panique sur mon chantier. « Mon carreleur m’a dit que les joints époxy suffisaient, mais j’ai de l’humidité sous la douche ! ». Voici ce qui se passe réellement lorsque l’on fait confiance aveuglément aux joints.

  • Dégâts des eaux silencieux : L’eau qui traverse les joints de carrelage ne coule pas forcément en cascade dans le salon. Elle s’accumule dans la chape, créant un réservoir d’humidité. Avec le temps, elle remonte par capillarité dans les murs, provoquant des remontées de salpêtre ou des moisissures.
  • Décollement du carrelage : L’eau stagnante sous la chape finit par détruire l’accroche de la colle. Résultat : vos beaux carreaux finissent par « sonner creux », puis se décoller.
  • Ondes de choc juridique : En tant qu’expert, je suis régulièrement sollicité pour des litiges. Le propriétaire attaque le carreleur, mais si le cahier des charges ne prévoyait pas de système d’étanchéité spécifique (type paroi étanche sous la chape), le carreleur est souvent hors de cause. Le joint de carrelage, légalement, n’a pas à être étanche.

Joints ciment, époxy ou polyuréthane : qui fait quoi ?

Pour répondre à la question de fond, il faut distinguer les types de joints. Tous ne se valent pas face à l’eau.

  • Le joint ciment (tradi) : C’est le plus courant, le plus économique, mais le moins performant en milieu humide. Il absorbe l’eau. Si vous le laissez tremper, il s’assombrit. C’est le signe qu’il n’est pas étanche. Il convient pour les pièces sèches comme le salon, mais pour une salle de bain, il doit impérativement être associé à une étanchéité de support.
  • Le joint époxy : Ah, le saint Graal pour beaucoup de clients ! Le joint époxy est composé de résine et de durcisseur. Il est imperméable, incrustable et résiste aux acides. Contrairement au ciment, il ne laisse pas passer l’eau à travers sa masse. Mais attention, et c’est un détail fondamental : même un joint époxy n’adhère pas chimiquement à la faïence de manière infaillible sur le long terme face aux mouvements de structure. Il réduit drastiquement les risques, mais il ne crée pas une « piscine ». Si le support (la chape) bouge, une déchirure peut apparaître entre le carreau et le joint.
  • Le joint polyuréthane : Il est flexible. C’est le meilleur allié des grands formats et des zones sujettes aux vibrations. Il suit les mouvements du support, évitant les fissures d’interface. Cependant, il n’est pas conçu pour retenir une colonne d’eau sous pression.

La vraie solution : l’étanchéité de support

Si vous retenez une seule chose de cet article, que vous soyez un bricoleur ambitieux ou un maître d’ouvrage exigeant, la voici : Ne comptez jamais sur les joints pour faire l’étanchéité.

Le travail de l’étanchéité se fait avant la pose du carrelage. Dans une salle d’eau (douche, baignoire), la norme DTU 52.1 est claire. Il existe trois méthodes principales :

  1. La méthode « paroi étanche » : On applique sur les murs et le sol une résine liquide (type Sika ou Mapéï) ou des bandes d’étanchéité liées à un enduit. Cela forme une véritable cuvette imperméable.
  2. La méthode « sous-carrelage » : On pose une natte (ou un film) en polyéthylène sous la chape de ragréage ou sous la colle.
  3. Les systèmes prêts à carreler : Les panneaux en mousse comprimée (type Wedi, Jackon) qui sont eux-mêmes étanches et permettent de carreler directement dessus.

C’est cette sous-couche, invisible une fois la pose terminée, qui vous protège réellement des infiltrations. Le joint de carrelage, aussi parfait soit-il, n’est qu’une seconde ligne de défense, pas la principale.

Dialogue avec un client (retour d’expérience)

Client : « Bonjour, je viens de faire poser du carrelage dans ma douche. J’ai pris du joint époxy haut de gamme. Je n’ai pas besoin de faire d’étanchéité en dessous, si ? »

Moi (Marc, carreleur expert depuis 15 ans) : « C’est une excellente question. Alors, je vais être cash avec vous : si votre carreleur vous a dit que l’époxy suffisait et qu’il n’a pas traité l’étanchéité du support avant de poser, il vous a menti. Ou pire, il ne connaît pas les normes.

Client : « Mais l’époxy, c’est étanche ? J’ai lu que ça ne laisse rien passer. »

Moi : « C’est vrai, la matière du joint époxy est imperméable. Mais regardez la jonction : entre le carreau et ce joint, il y a une interface. Avec les chocs thermiques (eau froide / eau très chaude), votre support en placo ou en chape va travailler. Un jour, un micro-espace peut se créer. Cet espace, aussi petit soit-il, va laisser passer l’eau. Et si derrière, il n’y a que du plâtre ou de la colle, l’eau va stagner, moisir et finir par traverser le plafond du voisin. L’époxy, c’est un excellent produit, mais c’est une finition, pas une structure étanche.

Client : « Donc il faut tout casser ? »

Moi : « Pas forcément. Si l’installation est récente et que la douche est déjà étanchée sous la chape, on est tranquilles. Mais si vous avez un doute, un test d’infiltration peut être réalisé. La morale : pour les pièces humides, on investit toujours dans l’étanchéité de support. Le joint, même beau, même cher, ne sera jamais votre parapluie principal. »

Conseils pour garantir l’étanchéité de vos joints

Si vous souhaitez maximiser la longévité de votre installation, voici les gestes techniques que je conseille systématiquement à mes clients :

  • Privilégiez le joint époxy en pièce humide : Même s’il ne fait pas l’étanchéité structurelle, il limite l’absorption d’eau par capillarité. Il est aussi plus facile à nettoyer et ne se tâche pas.
  • Respectez les joints de fractionnement : Il ne s’agit pas des joints entre carreaux, mais des joints structurels (périphériques, de rupture). Ils doivent être réalisés avec un mastic silicone ou polyuréthane. Ces joints-là permettent au carrelage de « flotter » sur le support sans se fissurer.
  • Le silicone est votre allié : Dans les angles (mur/mur, mur/sol), le silicone sanitaire est obligatoire. Contrairement au joint de carrelage rigide, le silicone est flexible et crée une barrière parfaitement étanche. C’est souvent là que les infiltrations commencent quand il est absent ou mal posé.
  • La pente d’évacuation : En douche à l’italienne, l’eau ne doit jamais stagner. Si la pente est mal calculée, l’eau stagne au pied des joints, augmentant exponentiellement le risque de passage d’eau. Un bon carreleur vérifie toujours la pente avant de poser.

L’art de ne pas noyer sa maison

Alors, pourquoi les joints de carrelage ne sont-ils pas étanches ? Parce que ce n’est tout simplement pas leur fonction première. Ils sont là pour combler l’espace entre les carreaux, absorber les micro-mouvements, et contribuer à l’esthétique homogène du sol ou du mur. Demander à un joint de retenir l’eau, c’est un peu comme demander à une fermeture éclair d’un manteau de vous protéger de la pluie comme une cape imperméable intégrale. Ça aide, ça ferme la plupart des interstices, mais ça ne vous gardera pas au sec si vous restez sous l’averse sans parapluie.

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