Electricien 03380 Huriel : Maîtrisez la Règle de l’Aval et le Coefficient de Foisonnement pour des Tableaux Électriques parfaits

Si tu es électricien ou chef de chantier, tu as sûrement déjà vécu ce moment de frustration : tu as soigneusement préparé ton chemin de câbles, calculé la section de chaque conducteur, et pourtant, une fois sur place, tout est trop serré. Les câbles ne passent pas, la goulotte déborde, et le tableau électrique ressemble à une boîte de sardines. Ce problème récurrent a un nom : le coefficient de foisonnement. Pire, si tu l’ignores, tu risques de surchauffe, de non-conformité à la NF C 15-100 et de chantier refusé. Aujourd’hui, je vais te partager l’expertise que j’ai acquise en 20 ans de terrain pour que tu domptes cette fameuse « règle de l’aval ».

🧠 L’expert du jour : Marc Delalande, Ingénieur en génie électrique et formateur AFNOR

Pour t’aider à y voir plus clair, j’ai fait appel à Marc Delalande. Marc est un ancien chef de bureau d’études chez Spie Batignolles. Il intervient aujourd’hui comme expert judiciaire et formateur sur les normes électriques. Il nous livre sans filtre ses astuces pour ne jamais se faire piéger par le foisonnement.

1. La règle de l’aval : définition simple d’un casse-tête normatif

Quand on parle de « règle de l’aval », on évoque directement l’occupation physique des câbles dans leurs supports. Imagine : en amont, tes câbles sont sagement rangés sur la bobine. En aval, dans le fourreau ou le tableau, ils se chevauchent, se tordent et prennent plus de place.

Marc Delalande me disait récemment :

“Trop de jeunes électriciens confondent la section du cuivre et l’encombrement réel du câble. Un câble R2V 3G2,5, ce n’est pas 2,5 mm² de diamètre, c’est presque 12 mm hors tout ! Et quand tu en mets 10 ensembles, le vide entre eux compte.”

Ce « vide », c’est le foisonnement. La règle de l’aval est donc la méthode de calcul qui applique un coefficient de foisonnement pour déterminer la section réelle nécessaire d’une goulotte, d’un tableau ou d’une cheminelle.

2. Le coefficient de foisonnement : la formule que tout électricien doit connaître

Le coefficient de foisonnement (noté k ou F) est un facteur correcteur. Il vient du constat que la somme des sections individuelles des câbles est toujours inférieure à la section totale qu’ils occuperont une fois posés.

Voici la règle d’or que j’applique sur tous mes chantiers :

Stotale requise=(Somme des sections des ca^bles)×Coefficient de foisonnementStotale requise​=(Somme des sections des ca^bles)×Coefficient de foisonnement

Ce coefficient varie généralement entre 1.3 et 2.2 selon la norme NF C 15-100 et le guide UTE C 15-105.

Marc Delalande insiste :

“N’utilise jamais le fameux ‘coeff 1.4’ systématiquement ! C’est l’erreur classique. Pour 2 câbles, le foisonnement est faible. Pour 20 câbles, il explose.”

🔧 Tableau simplifié des coefficients (usage courant) :

Nombre de câblesCoefficient de foisonnement conseillé
2 à 51.3 à 1.4
6 à 101.5 à 1.7
11 à 201.8 à 1.9
> 202.0 à 2.2

💡 Astuce de pro : je prends toujours une marge de 20% sur le chemin de câbles après application du coefficient. Le client ne voit pas la différence, mais toi, tu bénis cette marge le jour de l’installation.

3. Dialogue terrain : Jean-Phi (l’électricien) et Marc (l’expert)

Jean-Phi : Marc, j’ai un tableau divisionnaire avec 12 départs en 3G2,5. J’ai calculé 12 x 28 mm² = 336 mm². Je mets une goulotte de 40×100 ? Ça fait 4000 mm², c’est large non ?

Marc Delalande : *Arrête-toi tout de suite ! Tu viens de faire l’erreur fatale. Tu as oublié le foisonnement. 12 câbles, tu es dans la tranche haute. Applique un coeff de 1.8 minimum. Tu obtiens 336 x 1.8 = 604 mm². Ta goulotte de 4000 mm² semble encore passer, mais n’oublie pas le rayon de courbure et les passages de cloison !*

Jean-Phi : Ah… donc je dois prévoir plus large ?

Marc Delalande : Exact. Et surtout, ne te contente pas de la section optique. La règle de l’aval, c’est aussi anticiper l’évolution du chantier. Dans 2 ans, le client voudra ajouter 3 câbles. Si tu es au raz des pâquerettes, c’est refusé à la visite de conformité du Consuel.

4. Pourquoi le foisonnement est crucial pour la conformité et la sécurité

En tant qu’électricien, tu as deux objectifs majeurs :

  1. La protection des biens et des personnes (surchauffe, court-circuit).
  2. La conformité réglementaire (NF C 15-15-100, norme européenne HD 60364).

Le non-respect du coefficient de foisonnement entraîne :

  • Un échauffement localisé. Les câbles compactés dissipe moins bien la chaleur.
  • Une détérioration des gaines (PVC mou).
  • Une impossibilité de tirage futur.
  • Un refus de visa par le Consuel.

Je me souviens d’un chantier de rénovation d’un immeuble de bureaux à Lyon. L’électricien avait rentré 24 câbles U1000 R2V dans une seule colonne montante sans appliquer la règle de l’aval. À la mise sous tension, l’analyse thermique a montré des points à 75°C sur les gaines. Résultat : dépose complète de la colonne. Le surcoût? 14 000 €.

5. Comment calculer facilement le foisonnement sur le terrain

Voici ma méthode personnelle, que j’utilise encore aujourd’hui avec mon calepin et que je t’invite à adopter :

Étape 1 : Liste exhaustive des câbles (type et diamètre extérieur).
Étape 2 : Calcul de la section réelle de chaque câble (prends le diamètre hors tout, pas la section du cuivre).
Étape 3 : Somme brute des sections.
Étape 4 : Application du coefficient de foisonnement basé sur le nombre total de câbles ET leur disposition (en nappes, en vrac, en toron).
Étape 5 : Application de la règle des 50% de la NF C 15-100 (la section totale des câbles ne doit pas dépasser 50% de la section intérieure de la goulotte en pose non-ordonnée).

Marc Delalande ajoute :

“Aujourd’hui, avec les logiciels de CFAO comme See Electrical ou AutoCAD Electrical, le logiciel intègre ces coeff. Mais attention : Garbage in, garbage out ! Si tu rentres un câble 3G1,5 en lui donnant 5 mm de diamètre au lieu de 9,2 mm, ton foisonnement sera faux.”

6. Étude de cas : erreur classique sur tableau électrique tertiaire

Contexte : Immeuble de bureaux, 30 départs téléviseurs et prises RJ45.
Erreur : L’électricien a utilisé une goulotte verticale de 80×50.
Calcul erroné :

  • 30 câbles etherneCat 6 : ~6 mm de diamètre → section = 28 mm²
  • 30 x 28 = 840 mm²
  • Goulotte 80×50 = 4000 mm² → OK

Problème : En réalité, ces câbles ne sont pas rigides. Le coefficient de foisonnement pour 30 câbles souples est de 2.0 minimum. De plus, le technicien a oublié les câbles d’alimentation des switchs.
Calcul réel :

  • Section réelle câbles data : 28 mm² (mais foisonnement x2) → 56 mm² par câble en encombrement réel.
  • 30 câbles x 56 = 1680 mm² (déjà plus que 50% de 4000 ?)
  • Ajout de 4 câbles d’alimentation 3G1,5 (section réelle ~30 mm² x foisonnement x1.5) = +180 mm²
  • Total = 1860 mm² → 46.5% de taux de remplissage. Acceptable mais pas de marge.

Marc Delalande : “Ici, ils sont passés entre les gouttes. Mais ils ont dû forcer pour fermer la goulotte. Mauvaise pratique.”

7. FAQ : Le foisonnement électrique expliqué simplement

Q : Est-ce que le coefficient foisonnement est identique pour les câbles armés et non-armés ?
R : Non. Les câbles armés (type U1000 AR2V) sont plus rigides et s’écrasent moins. Le coefficient de foisonnement peut être légèrement inférieur, mais il faut aussi tenir compte de leur poids et de leur rayon de courbure.

Q : La norme m’oblige-t-elle à écrire mon calcul de foisonnement ?
R : Pour une attestation Consuel, tu dois justifier tes sections de goulottes et chemins de câbles. Une note de calcul incluant le coefficient de foisonnement est fortement recommandée.

Q : J’ai une goulotte perforée, cela change le foisonnement ?
R : Oui ! La règle de l’aval est différente. Les goulottes perforées permettent une meilleure dissipation et un tirage plus aisé. Le coefficient peut être réduit de 10 à 20% par rapport à une goulotte pleine.

Q : Dois-je appliquer le foisonnement dans une armoire électrique ?
R : Absolument ! C’est même là où c’est le plus critique. La NF C 15-100 impose des règles de peuplement des coffrets. Le foisonnement évite les paquets de fils qui surchauffent derrière les borniers.

Q : Quel logiciel gratuit pour calculer le foisonnement ?
R : Legrand et Hager proposent des outils en ligne de dimensionnement de goulottes. Ils intègrent des coefficients de foisonnement standards.

8. La règle de l’aval, un signe distinctif du bon électricien

Voilà, tu as maintenant toutes les cartes en main. La règle de l’aval et le coefficient de foisonnement ne sont pas des concepts abstraits réservés aux bureaux d’études. Ce sont des outils concrets, palpables, qui font la différence entre un tableau électrique « propre » et un tableau « fourre-tout ».

Quand je forme mes apprentis, je leur dis toujours : “Un bon électricien, ça se voit au foisonnement. Tu ouvres une armoire, si les câbles dansent la salsa, c’est foutu. Si au contraire ils respirent, le courant aussi.”

Alors, je te lance un défi. La prochaine fois que tu dimensionnes un chemin de câbles, prends 5 minutes de plus. Pose-toi la question : combien seront-ils en aval ? Quel est leur diamètre réel ? Est-ce que j’ai prévu la marge pour les évolutions ? Tu verras, cette rigueur paie. Tes collègues te regarderont avec respect, et le Consuel te félicitera (si, si, ça arrive !).

“L’aval, c’est capital : foisonne, mais foisonne bien !”

😄 Pourquoi les électriciens aiment-ils le foisonnement ? Parce que c’est le seul moment où on a le droit de dire que c’est mieux quand c’est serré… mais pas trop quand même, faut pas déconner. 😉

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