Lorsque l’on évoque la maçonnerie traditionnelle, on imagine souvent le geste séculaire du maçon posant un parpaing sur un lit de mortier. Pourtant, une technique plus moderne et redoutablement efficace gagne du terrain sur les chantiers : l’utilisation du bloc à bancher. Ce matériau hybride, aussi appelé coffrage perdu, bouscule les codes. Je te propose de plonger dans l’univers de ce système constructif qui transforme un simple mur en une véritable structure en béton armé, offrant une solidité à toute épreuve, que ce soit pour un soubassement, un mur de soutènement ou une piscine.
Qu’est-ce qu’un bloc à bancher exactement ? 🧱
Pour bien comprendre, il faut d’abord distinguer le bloc à bancher du parpaing creux classique. À première vue, ils se ressemblent : ce sont des rectangles de béton gris. Mais la différence fondamentale saute aux yeux lorsqu’on les retourne. Le parpaing traditionnel possède un fond et deux alvéoles. Le bloc à bancher, lui, est littéralement un tube. Sa forme spécifique en « H » vue de dessus fait qu’il est ouvert de part en part.
Cette absence de fond est révolutionnaire. Cela signifie que l’on va pouvoir empiler ces blocs à sec, sans mortier d’assemblage vertical ou horizontal, pour former un gigantesque moule. Une fois l’empilement terminé et les armatures métalliques positionnées, on coule du béton à l’intérieur de cette cage. Le bloc, en restant en place, sert de coffrage. On parle alors de coffrage intégré ou perdu. Le résultat ? Un mur monolithique en béton armé, où le bloc n’est plus qu’une peau qui protège l’âme en béton.
Bloc à bancher vs Parpaing : Le match de la solidité 👊
Tu te demandes peut-être pourquoi ne pas simplement utiliser des parpaings creux et les remplir de béton ? C’est une excellente question, et beaucoup de bricoleurs (et même certains professionnels peu scrupuleux) sont tentés par cette « fausse bonne idée ».
J’en ai parlé avec Gérard, un maçon avec 35 ans de chantier dans les pattes, autour d’un café. Je lui ai demandé son avis sur cette pratique. Il a secoué la tête :
Gérard : « Écoute, je vais être clair. Retourner un parpaing classique ou essayer de le remplir, c’est de la gnognote. Le parpaing creux, il a des cloisons internes. Quand tu coules ton béton, ça fait des paquets, des poches d’air, et surtout, ça ne solidarise jamais vraiment les rangs entre eux. Un mur en parpaing, c’est un empilement. Un mur en bloc à bancher bien fait, c’est un bloc de béton monobloc. Y a pas photo sur la résistance. »
Il a raison. Le bloc à bancher est spécifiquement conçu pour cette tâche. Ses cloisons sont fines et droites pour laisser passer le béton et les ferraillages verticaux sans obstruction. On peut ainsi créer des poteaux raidisseurs intégrés tous les 1,50 mètre ou même un chaînage horizontal grâce à des blés spéciaux en U. Avec du parpaing classique, la structure reste fragile face aux poussées, surtout si le terrain est argileux ou en zone sismique.
Où et pourquoi utiliser le bloc à bancher ? 🏗️
Le bloc à bancher n’est pas utile pour n’importe quel mur de clôture, mais il devient indispensable dans trois cas de figure précis.
- Les murs de soutènement et sous-sols : C’est son usage roi. Lorsque ton mur doit retenir la terre, les contraintes sont énormes. La poussée des terres peut atteindre plusieurs tonnes. Un simple mur en agglo finira par fissurer ou se déverser. Le mur en bloc à bancher, ferraillé et coulé de béton, agit comme un véritable barrage en béton armé. La fondation doit d’ailleurs être adaptée, souvent en forme de « L » pour mieux répartir cette charge.
- La construction de piscines : C’est un terrain de jeu où le bloc à bancher excelle. Une piscine subit des contraintes inverses : la poussée de l’eau à l’intérieur et celle de la terre à l’extérieur. La technique du coffrage perdu garantit une coque monolithique sans point de faiblesse. Comme le dit un proverbe sur les forums : « Une piscine en bloc à bancher, c’est comme une piscine en parpaing qui n’aurait que des poteaux, partout ».
- Les zones sismiques : Dans les régions où la terre tremble, les normes parasismiques (PS 92) imposent des structures capables d’absorber les vibrations. Le bloc à bancher, de par sa nature monolithique et son ferraillage étudié, répond parfaitement à ces exigences, à condition que le calcul des structures soit fait par un ingénieur.
La technique de pose : un jeu de construction pour grands (mais pas trop) 👷
Si la théorie semble simple, la pratique demande du soin. Voici les étapes clés pour une mise en œuvre réussie.
- La fondation : Tout commence par une semelle filante en béton armé, parfaitement plane et nivelée. C’est sur elle que va reposer tout l’édifice. Il est impératif d’y laisser des armatures (fers en attente) qui viendront se loger dans les alvéoles des blocs pour assurer la liaison.
- Le premier rang : Contrairement aux suivants, le premier rang de blocs à bancher se pose presque toujours sur un lit de mortier. Cela permet d’ajuster parfaitement la planéité et l’alignement. C’est la base de tout.
- L’empilement à sec : Ensuite, on monte les rangs suivants à sec, en quinconce comme pour des parpaings, pour assurer le croisement. On insère au fur et à mesure les armatures verticales (rellées à la semelle) et horizontales dans les réservations prévues à cet effet.
- Le coulage du béton : C’est l’étape cruciale. On coule un béton fluide, souvent un béton auto-plaçant (BAP) qui va pénétrer dans tous les recoins sans effort. Il est conseillé de le faire par passes d’environ 1 mètre de hauteur pour éviter que la pression n’éclate les blocs. Et surtout, on ne vibre pas le béton dans les blocs à bancher classiques, car les parois sont trop fines. On pique simplement pour faire remonter les bulles d’air.
- L’étanchéité : Un mur en bloc à bancher, une fois coulé, est solide mais pas étanche. Le béton est poreux. Pour une piscine ou un mur enterré, il faudra impérativement prévoir un enduit d’étanchéité ou un revêtement adapté (liner, membrane).
Les avantages concrets qui font la différence 💡
Pourquoi les pros adoptent-ils cette technique ? Les raisons sont multiples et dépassent le simple cadre de la solidité.
- Un gain de temps phénoménal : Fini le temps de prise du mortier entre chaque rang. On empile, on ferraille, on coule. La main-d’œuvre est optimisée.
- Une sécurité accrue : Les blocs légers et l’absence de mortier frais réduisent la pénibilité et les risques sur le chantier.
- Des économies de matériel : On supprime totalement le besoin de banches traditionnelles en bois ou en métal, qui sont coûteuses à acheter ou à louer, et qui nécessitent une main-d’œuvre qualifiée pour leur mise en place.
- Une liberté de conception : Comme le bloc est un simple coffrage, on peut facilement intégrer des réservations, des fourreaux pour l’électricité ou la plomberie, ou créer des formes courbes.
FAQ : Vos questions sur le bloc à bancher ❓
Q : Puis-je utiliser des parpaings creux standards à la place de blocs à bancher pour faire des économies ?
R : Techniquement, vous pourriez, mais c’est une fausse bonne idée. Les cloisons internes des parpaings classiques empêchent une bonne circulation du béton et la continuité du ferraillage. Vous n’obtiendrez jamais un mur monolithique aussi résistant. L’économie réalisée sur le matériau sera sans commune mesure avec les risques de fissures et de fragilité à long terme. Pour un mur de soutènement ou une piscine, c’est risqué.
Q : Faut-il absolument mettre des armatures dans les blocs à bancher ?
R : Oui, et c’est même le principe ! Le bloc à bancher n’est qu’un coffrage. C’est le couple béton + acier qui forme le béton armé et qui donne toute sa résistance à l’ouvrage. Sans ferraillage (vertical et horizontal), votre mur n’aura pas plus de capacité structurelle qu’un mur en parpaings, et il cassera sous la charge.
Q : Le bloc à bancher est-il isolant ?
R : Le bloc à bancher en béton classique est un très mauvais isolant. Il crée des ponts thermiques importants. Pour la construction de maisons, on utilise plutôt des blocs à bancher en polystyrène ou des systèmes de coffrage isolant (banches en polystyrène) qui restent en place et offrent une isolation thermique par l’extérieur. Le béton est coulé à l’intérieur.
Q : Combien coûte un bloc à bancher ?
R : Le prix varie en fonction de l’épaisseur (15, 20 ou 27 cm) et du fournisseur. Comptez généralement entre 0,90 € et plus de 2 € l’unité. N’oubliez pas d’ajouter le coût du béton à couler et des aciers, ce qui rend l’ensemble plus cher qu’un simple mur en parpaings creux, mais moins cher qu’un coffrage traditionnel avec banches métalliques.
Q : Peut-on carreler directement sur un mur en bloc à bancher ?
R : Pour une piscine ou une salle de bain, c’est déconseillé. Le mur en bloc à bancher n’est pas considéré comme un support étanche. Sous l’effet de la pression de l’eau ou des variations de température, des microfissures peuvent apparaître et faire sauter le carrelage. Il est impératif de passer par une couche d’ enduit d’étanchéité (souvent un mortier hydrofuge) armé d’un treillis avant de carreler.
En définitive, le bloc à bancher incarne parfaitement l’évolution de la maçonnerie vers plus d’efficacité et de performance. Il ne remplace pas le savoir-faire du maçon, bien au contraire. Il l’élève en lui offrant un outil pour créer des ouvrages d’une robustesse exceptionnelle. Alors, la prochaine fois que tu verras un chantier avec ces piles de blocs sans mortier, tu sauras que derrière cette apparente simplicité se cache la promesse d’un mur qui traversera les décennies sans broncher.
« Le bloc à bancher : le coffrage qui reste, la solidité qui dure. »
Voilà, tu sais tout ! Maintenant, si tu croises un maçon qui monte un mur en empilant des blocs sans mortier, ne pense pas qu’il fait une sieste prolongée. Il est juste en train de préparer le terrain pour couler la meilleure des bases. Et comme on dit dans le métier : « Entre un mur en parpaings et un mur en bloc à bancher, y a pas photo. L’un empile, l’autre… bétonne ! » (Pardon pour ce jeu de mots un peu lourd, promis, je ne le referai plus).
